Disney+ devient TikTok : la prochaine bataille créative se joue-t-elle dans le feed vertical ?

création de contenu vertical

La vidéo verticale n’est plus seulement un format social

Oui, la prochaine bataille créative se joue de plus en plus dans le feed vertical. Mais le signal important n’est pas que Disney+ adopterait simplement un nouveau recadrage : c’est que l’un des plus grands acteurs du divertissement commence à rapprocher trois mondes longtemps séparés — le catalogue premium, la recommandation mobile et la création par les communautés.

Disney+ a présenté Verts, une expérience de vidéos verticales accessible sur mobile aux abonnés américains dans une première phase. La plateforme décrit Verts comme une nouvelle manière de découvrir des histoires dans un flux court et vertical. Quelques jours plus tard, l’Associated Press et plusieurs médias spécialisés ont rapporté un accord entre Disney et TikTok autour de contenus courts créés par des fans et de leur éventuelle mise en avant dans Disney+.

Pour les directeurs artistiques, les graphistes, les vidéastes et les équipes marketing, la leçon est immédiate : un contenu pensé pour le feed ne se conçoit pas à la fin de la chaîne de production. Il faut le concevoir dès le brief, avec son accroche, son rythme, ses variantes, ses droits et son système de déclinaison.

Ce que Disney change réellement

Il faut distinguer deux annonces.

La première est officielle : la page consacrée à Verts sur Disney+ présente une expérience verticale sur mobile, d’abord déployée aux États-Unis. Cela signifie que le format court n’est plus seulement un canal d’acquisition vers une plateforme de streaming. Il devient une couche de découverte à l’intérieur même de l’environnement Disney+.

La seconde est un partenariat rapporté le 5 août 2026 par l’Associated Press et détaillé par TechRadar. Le dispositif pilote aux États-Unis doit permettre à des créateurs TikTok d’utiliser des univers Disney, Pixar, Marvel, Star Wars ou FX dans des contenus courts. Une sélection de vidéos pourrait ensuite être présentée dans l’expérience Verts de Disney+. Les modalités précises de candidature, de rémunération et de sélection n’étaient pas encore publiques au moment de la rédaction.

Ce point est essentiel : il ne s’agit pas encore d’une preuve que tout le catalogue Disney va devenir vertical, ni d’une annonce de production automatisée par intelligence artificielle. Le mouvement est plus intéressant que cela. Disney teste un système où la valeur peut circuler entre une propriété intellectuelle forte, des créateurs indépendants et un flux de recommandation.


Pourquoi ce signal concerne l’IA créative

La relation entre Disney+ et TikTok ne constitue pas, en soi, une nouveauté sur l’IA générative. En revanche, elle annonce un changement de méthode pour les équipes qui produisent des images, des vidéos et des campagnes.

Quand un contenu doit vivre dans un flux vertical, il faut souvent produire davantage de versions : plusieurs accroches, des durées différentes, des sous-titres adaptés, des cadrages 9:16, des variantes sonores, des versions localisées et parfois des réponses à des conversations qui émergent après publication.

L’IA peut accélérer une partie de cette chaîne. Elle peut aider à explorer des storyboards, à générer des pistes de montage, à décliner un visuel dans plusieurs formats ou à préparer des variantes de texte. Elle ne décide pas, à elle seule, ce qui mérite d’être montré, ce qui respecte l’univers d’une marque ou ce qui transforme une contrainte de format en idée mémorable.

Le risque, pour une équipe créative, est donc de traiter l’IA comme un générateur de plans isolés. Le besoin réel est souvent un système de création verticale : une idée directrice, des unités modulaires, des règles de marque, un protocole de validation et une capacité à apprendre des retours du public.


Un brief vertical n’est pas un film horizontal recadré

Le recadrage est une opération technique. La création verticale est une décision éditoriale.

Dans un feed, l’utilisateur ne reçoit pas forcément le contexte d’une campagne, le nom d’un personnage ou la promesse développée dans une bande-annonce. La première seconde doit donc porter une partie de la question : pourquoi regarder maintenant ?

Un brief de création de contenu vertical devrait préciser au minimum :

  • la fonction de la première image : visage, geste, objet, texte, rupture visuelle ou situation immédiatement lisible ;
  • la promesse du premier mouvement : révélation, démonstration, transformation, coulisse ou tension narrative ;
  • la progression : ce qui change entre le début, le milieu et la fin, même sur une durée très courte ;
  • la lisibilité mobile : taille des textes, zones sûres, contraste, sous-titres et compréhension sans le son ;
  • la sortie : conclusion, boucle, question, appel à commentaire ou transition vers un contenu plus long ;
  • le périmètre des droits : personnages, extraits, musiques, voix, images générées et réutilisations par les créateurs.

La verticalité modifie aussi la hiérarchie visuelle. Un décor spectaculaire ne suffit pas si le sujet principal est perdu dans la hauteur de l’image. Une direction artistique efficace doit décider ce qui reste visible lorsque l’attention est fragmentée et que l’interface recouvre une partie de l’écran.


Cinq enseignements pour les marques et les studios

1. Concevoir une idée qui survive à plusieurs durées

Une bonne idée verticale ne dépend pas d’un minutage unique. Elle peut exister en une version très courte, en une démonstration plus développée et en une réponse à une question du public.

Cela ne signifie pas produire mécaniquement trois exports. Il faut identifier le noyau narratif : le geste, la transformation ou le point de vue qui reste compréhensible dans chaque version.

2. Construire des assets modulaires

Les équipes gagnent à séparer les éléments réutilisables : sujet principal, arrière-plan, typographies, transitions, voix, habillage sonore et appels à l’action. Cette modularité facilite les tests et les adaptations, mais elle exige un système visuel cohérent.

L’IA est utile pour explorer rapidement des combinaisons. La direction artistique doit conserver la décision sur la cohérence d’ensemble.

3. Prévoir la participation sans abandonner la curation

Le modèle Disney-TikTok met en avant une question nouvelle : que se passe-t-il lorsque des créateurs extérieurs interprètent un univers de marque ?

L’ouverture peut apporter de la vitesse, de la diversité de points de vue et une proximité avec les codes de la plateforme. Elle augmente aussi les risques de tonalité incohérente, de reprise non autorisée, de confusion entre contenu officiel et contenu de fan, ou de promesse non validée.

Une campagne communautaire a donc besoin de règles simples : ce qui est autorisé, ce qui est exclu, comment créditer les créateurs, qui valide les contenus et comment sont traitées les réutilisations.

4. Mesurer la conversation, pas seulement la portée

Un contenu vertical peut être utile sans être le plus vu. Il peut déclencher une question, faire émerger une interprétation, donner envie de découvrir un univers ou fournir un signal sur les personnages et les thèmes qui intéressent un public.

Les équipes devraient croiser les vues avec la rétention, les commentaires qualifiés, les partages, les créations dérivées et la capacité du contenu à conduire vers une expérience plus longue.

5. Garder un point de vue humain identifiable

Le contenu généré en série peut produire une surface visuelle abondante. Il ne crée pas automatiquement une raison de s’arrêter dans le feed. Dans un environnement saturé de variations, le choix du regard — humour, émotion, détail documentaire, geste métier ou parti pris esthétique — devient un avantage plus visible.

L’IA peut multiplier les propositions. La valeur éditoriale vient de la sélection, de la mise en scène et de la responsabilité assumée sur ce qui est publié.


Où l’IA aide vraiment — et où elle ne doit pas décider

Pour une équipe de création, un workflow raisonnable peut utiliser l’IA à quatre endroits :

  • exploration de plusieurs accroches et storyboards ;
  • déclinaison d’un concept dans des ratios, langues ou durées différentes ;
  • préparation de variantes de sous-titres, de voix off ou de textes d’accompagnement ;
  • classement et comparaison des versions avant une revue humaine.

En revanche, la validation finale doit rester humaine sur quatre sujets : le point de vue, la conformité à l’identité de marque, les droits d’utilisation et la qualité de l’expérience proposée au public.

Cette répartition évite deux erreurs symétriques. La première consiste à refuser toute accélération alors que la production de variantes est devenue structurelle. La seconde consiste à confondre vitesse de génération et pertinence créative.


Un test simple à lancer en équipe

Pour tester une idée sans réorganiser toute une production, prenez une campagne existante et construisez une matrice de versions :

  1. trois premières images ou accroches ;
  2. deux progressions narratives ;
  3. deux fins — boucle et appel à réaction ;
  4. une version lisible sans son ;
  5. une version conçue pour une réponse ou une reprise par la communauté.

Ne demandez pas d’abord quelle version l’IA peut produire. Demandez quelle hypothèse éditoriale chaque version vérifie. Ensuite seulement, utilisez les outils disponibles pour accélérer l’exploration.

La revue finale doit répondre à trois questions : le contenu est-il compréhensible sans contexte ? Le point de vue est-il assez distinct pour mériter l’attention ? Les droits, crédits et règles de marque sont-ils documentés ?


Conclusion : la bataille se joue sur le système, pas sur le ratio

Disney+ et TikTok ne rendent pas la vidéo verticale automatiquement intéressante. Ils montrent cependant que le feed, la plateforme premium et la création par les communautés peuvent être pensés comme un même écosystème.

Pour les créatifs et les équipes marketing, l’enjeu n’est pas de produire plus de vidéos au format 9:16. Il est de concevoir des idées capables de circuler, de se décliner et de rester reconnaissables dans plusieurs contextes, tout en conservant un responsable humain de la direction artistique.

La bonne question n’est donc plus : « Comment recadrer notre campagne en vertical ? » Elle devient : « Quelle expérience voulons-nous créer dans un flux où chaque seconde, chaque variante et chaque interaction compte ? »


Sources

Fondateur de CreativeAI.fr · Expert IA & workflows créatifs · 20+ ans d’expérience en direction créative (Marcel, Leo Burnett). 600+ professionnels formés depuis 2023 aux usages, méthodes et workflows IA. 4,7/5 de satisfaction moyenne.

Résumer cet article :

formations IA

Google Flow, Veo & Gemini Omni : L’Orchestration Cinématographique IA

Durée : 2 jours (14h). Public : DA, réalisateurs, motion designers, équipes marketing, communication et social media

Réinventer son processus créatif avec l’IA générative

Durée : 5 jours (35h). Public : DA, graphistes, designers

Créer des visuels de marque avec ChatGPT Images et Codex NEW

Social Content Factory : produire et décliner ses contenus avec l’IA NEW

Durée : 2 jours (14h). Public : Responsables marketing et communication, Social media managers et content managers, Agences, studios et équipes éditoriales

IA agentique pour les créatifs : du brief à l’automatisation NEW

Durée : 1 jour (7h). Public : Responsables de production et dirigeants de structures créatives, équipes marketing, communication et contenu, agences et studios créatifs

  • Le chiffre de la semaine

    84 % des créateurs utilisent déjà l’IA pour leur email marketing

    Lire la suite



Guides Pratiques

ChatGPT Work

ChatGPT Work : transformer un brief en mission agentique

ChatGPT Work est conçu pour les tâches longues qui demandent de rassembler du contexte, d’utiliser des applications ou des fichiers, de produire un livrable et de revenir vers l’utilisateur lorsque son arbitrage compte.

Accéder au guide

prompt lumière IA

Piloter la lumière IA comme un chef opérateur

La lumière en IA ne se contrôle pas avec des adjectifs comme « cinematic », « moody » ou « dramatic lighting ». Elle se dirige comme un plan lumière : une source, une direction, une intensité, une température, un contraste et une intention narrative.

Accéder au guide

brand brain IA

Brand Brain : transformer une stratégie de marque en système utilisable par l’IA

Un Brand Brain IA est un référentiel de marque structuré pour être consulté, interprété et vérifié par des assistants d’intelligence artificielle. Il ne s’agit pas de copier un brand book dans une conversation ni d’empiler des prompts.

Lire l’article